29.04.2007
J'adore les dimanches de printemps
Se lever tôt pour profiter du petit-déjeuner en solo, aller humer l'air léger du marché, fouiller l'étal des bouquinistes, voir les petits rêver devant leurs indiens préférés, se brûler la langue en avalant des crêpes et des galettes dégoulinantes de beurre, rentrer à la maison, coucher les enfants ravis, profiter de leur sieste pour faire l'amour, sentir l'air du jardin et entendre le merle faire ses vocalises tout en haut de la cheminée.
J'aime les dimanches.
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14.03.2007
Mardi 13 mars
Trois jours de beau temps, ce week-end et lundi. Tâches de lumière sur l'herbe tendre, éclosion des papillons, douceur de l'air. J'aime bien. Samedi soir, K. est venue à la maison, comme prévu. On s'est un peu fait chier.
Dimanche, visite de l'expo sur les dinosaures avec les nains. J., trop contente de voir ses monstres préférés, a voulu courir sur le gravier et s'est étalée la tête la première. Bilan, lèvres en sang et une incisive qui branle. "Ils sont méchants, à cette exposition. Ils mettent des cailloux, et les petits enfants qui sont très intéressés, ils tombent et ils se font mal". Après l'expo, marché. Pour la première fois de leur vie, les nains avaient de l'argent de poche à dépenser (trois euros chacun). J. n'a rien trouvé (et a pleuré), mais N. a fait son tout premier achat. Un livre. Il était fier, en rentrant, et serrait son bouquin fort contre lui. Moi aussi, j'étais fier.
Lundi, glandé. J. malade, ça m'a donné un bon prétexte pour faire la sieste en même temps qu'elle.
Aujourd'hui, pas mieux. Il faut que je sorte de cette torpeur au plus vite.
Ce soir, partie d'Elixir dans la maison d'à-côté. A un moment, crise du voisin qui perdait. Il veut contrer un de mes objets magiques avec une carte qui ne fonctionne pas. Je lui explique patiemment que sa défense est invalide. Il s'énerve. Nous relisons tous ensemble sa carte, il s'obstine. "Allons, tu sais lire le français, tout de même", lui dit sa femme. "Reprends ta carte, tu vois bien qu'elle ne marche pas". Il affiche un air supérieur : "eh bien moi, je ne suis pas sûr que vous ayez raison". On lui demande s'il est sérieux. Il jette ses cartes en travers de la table, et monte s'enfermer à l'étage en gueulant. C'est formidable de constater que la connerie, la suffisance et la prétention de ce type n'ont pas de limite.
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07.03.2007
Mercredi 7 mars (soir)
Le rêve de cette nuit m'a poursuivi un moment, finalement. C'est comme quand on se lève, encore tout embrumé de sommeil. Les morceaux de brouillard comateux s'accrochent dans vos cheveux, sur vos vêtements, au fond de vos rétines, jusqu'à ce que ça finisse par s'effilocher au fil de la journée. Mon histoire avec Norah (vous permettez que je l'appelle Norah ?), c'est pareil. Il a fallu deux heures de train et le ciel bleu de Paris pour la dissoudre complètement.
C'était un rêve très calme et très con : Norah m'aimait, je l'aimais. Son joli visage et ses hanches aux rondeurs rassurantes me faisaient du bien. Sa voix me berçait. Pathétique songe de midinette (pour être tout à fait honnête, je dois reconnaître qu'elle m'a largué comme une vieille chaussette avant que le réveil ne sonne).
Journée de travail en solo, chez un client du boss. J'ai fait semblant de boire toute la journée, pour pas me faire enduire de goudrons et de plumes. En réalité je me suis gavé de caféine pour tenir le coup, et j'ai jeté les verres d'alcool dans le ficus.
Au retour, Séréna et ses potes dans le RER. Ils ont dans les 15-16 ans. Un ventre déjà gras déborde du jean taille basse de Séréna. Les autres ont des boutons sur le visage et des baskets immaculées. Ils hurlent du plus fort qu'ils peuvent, se traitent mutuellement d'"enculé(e)", font des concours de rots, se battent, renversent leur bouteille de coca. Au sol, le liquide se mélange avec la crasse. Le tout forme une coulée jaunâtre qui dégouline jusqu'à la portière. Pendant trois ou quatre arrêts, les passagers qui montent croient qu'il s'agit d'urine et évitent le coin en prenant un air pincé. Puis un homme s'installe avec une jeune femme. "Salope", lui dit-il. Un adolescent dodeline du chef en souriant dans le vide. Le paysage lépreux défile dans la lumière grise : pourquoi y a t-il un temps aussi pourri sur la banlieue, alors qu'il fait si beau à Paris ?
Trente minutes de RER et une station de métro plus tard, je quitte le giron de la RATP pour celui de la SNCF. Autres rails, autre moeurs. Je suis assis devant un acteur de cinéma au visage familier (mais je ne me rappelle plus son nom). Je savais que ce gars avait une maison dans ma région, mais j'ignorais que ça voyage en seconde, les acteurs à visages familiers (dont on ne sait pas le nom).
Face à moi, trois néo-minets essaient de se rassurer en proclamant qu'ils sont "les meilleurs". L'un d'eux se détache nettement du groupe : il a fini de muer, ses traits sont plus fins, déterminés. Les autres, plus joufflus, sortes de gros bébés mal dégrossis, ressemblent à des clones ratés de leur chef charismatique. Tous trois portent rigoureusement la même veste noire étriquée, la même chemise cintrée, le même pantalon cigarette, les mêmes godasses italiennes à bouts pointus, le même foulard improbable, et la même coiffure dont les mèches étudiées pendent devant leurs yeux éteints de post-adolescents en pleine fission hormonale. Je ne savais pas qu'on trouvait encore ce genre de jeunes gens au 21ème siècle. Tout bien considéré, je les trouve plutôt courageux, dans leur style.
Mais quelle est la probabilité qu'ils croisent un jour le chemin de Séréna ?
Quand il arrive à destination, le comédien au visage familier replie sa tablette d'un violent coup de poing. J'en ai l'épine dorsale qui tremble encore. Il faut dire qu'on se trouve dans une antique rame "Corail", celles avec le skaï couleur miel et les rideaux orange. Souvenirs.
Je plonge dans la lecture du scénario du film de Laure Marsac, Le quatrième morceau de la femme coupée en trois. J'ai aimé entendre la réalisatrice sur France Inter, hier, alors j'ai déniché son truc sur le site du film et je me le suis imprimé pour le voyage. Page 36, l'héroïne (peut-on l'appeler "héroïne" ?) décline son identité : "Coleman, Louise, 19 juin 1972". La date me fait l'effet d'un électrochoc. Mêmes initiales, même date de naissance. CL, 19 juin 1972.
Je réalise que CL va avoir 35 ans, elle aussi.
CL. 17 ans que je n'ai pas de nouvelles d'elle. L'âge qu'on avait quand on s'est quittés.
Si j'étais riche, il y a longtemps que j'aurais engagé un détective privé. Il l'aurait retrouvée vite-fait, il aurait fait une photo d'elle au téléobjectif, il m'aurait dit si elle est mariée, si elle a des mômes, si elle est heureuse. Je me serais réjoui de son bonheur ou attristé de ses ennuis (ou le contraire, franchement, j'en sais rien), et puis j'aurais refermé le dossier, et l'histoire serait finie. Au lieu de ça, un point d'interrogation sur un livre blanc. Et une épine dans le dos, qui revient me chatouiller de temps en temps.
Tiens, c'est pourtant pas compliqué : il suffirait d'une seconde à n'importe qui pour constater que Norah Jones ressemble à s'y méprendre à CL. Mais ça, moi, j'ai mis la journée à le comprendre.

Le train finit par arriver. Sur le quai, une jeune femme un peu corpulente attend le type qui marche derrière moi. Elle a les yeux qui pétillent, et un grand sourire sur les lèvres. "Bonsoir, Monsieur le Président !", lance-t-elle au gars avant de l'embrasser sur la bouche. On sent qu'elle est heureuse, qu'elle l'a attendu, et qu'elle est fière.
De lui.
Il a dû se faire élire dans un truc quelconque, aujourd'hui. Mais il la rembarre cruellement. "C'est chiant, ce truc", glisse-t-il en échappant à son étreinte.
Fat.
23:50 Publié dans carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Norah, train, gens, lecture